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Céline Perrin

Aujourd’hui, Céline Perrin est jardinière rock et plantiste urbaine, chroniqueuse green, rénovatrice d’intérieur, mariée une seconde fois et mère de 4 enfants. Hier, elle était contrebassiste, historienne en musique et organisatrice de concerts. Un changement de vie radical ? Pas vraiment. Céline a toujours fonctionné par ricochets, rebondissant de rencontres en envies, de découvertes en passions.
On est allées lui rendre visite dans son nid montmartrois, un magnifique dédale de pièces grimpantes remplies de jardins de poche, d’instruments de musique, de meubles industriels et d’objets qui rappellent la campagne.
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Céline, si je regarde autour de moi et que j’essaie de deviner ton métier, est-ce que je peux trouver ?
Ce que tu vois autour de toi, c’est le dénominateur commun de toutes mes vies : il y a de la musique, il y a des vieilles choses, il y a des plantes. Cette culture des vieux objets, de la beauté qui émane de leur histoire, ce n’est pas du tout la culture de mon enfance. Je viens de la campagne profonde, où ce qui était considéré comme beau, c’était ce qui était neuf et standardisé. Cette vision a changé quand je suis allée étudier la musique au conservatoire de Mulhouse, la ville la plus proche de chez moi. J’avais 9 ans.

Tu y as étudié quel instrument ?
La contrebasse. En fait, quand je me suis présentée au conservatoire, je n’avais aucune technique musicale, mais le directeur du conservatoire a senti qu’il y avait “un truc” chez moi. Il m’a conseillé de choisir un instrument à cordes, alors j’ai choisi la contrebasse. Au conservatoire, j’ai commencé à rencontrer des gens qui m’ont fait découvrir de nouveaux univers : les musées, l’Art, les vieilles choses,  la beauté des tissus, des matières, l’esthétique en général. Je pense que ces rencontres ont été le point de départ de la construction de ma culture de l’objet, du beau. Je l’ai réalisé pour la première fois quand je me suis battue pour récupérer la commode de mon arrière grand-père. Quand sa maison a été vendue, toute ma famille bazardait ses meubles et j’étais la seule à ne pas comprendre qu’on puisse jeter des souvenirs autant chargés d’histoire. Cela a aussi ancré ma volonté de transmettre à mes enfants cette culture de l’objet, du souvenir.  

Et tu as continué dans la musique ?
Oui. A 18 ans je suis entrée au conservatoire de Paris pour jouer de la contrebasse et devenir historienne de la musique. De fil en aiguille, je suis devenue à 23 ans directrice artistique des Jeunesses Musicales de France. Du jour au lendemain j’ai sauté dans le grand bain : je gérais 2 000 concerts par an, je travaillais avec Les Francofolies, l’Orchestre de Paris… J’ai rencontré un nombre de gens incroyables durant ces 7 années, et ça m’a donné envie de créer ma propre boite de production de concerts, ce que j’ai fait à 30 ans. Ce que je préférais par dessus tout, c’était amener des gens à découvrir des choses qu’ils ne connaissaient pas, en mélangeant des rencontres croisées entre la musique classique et les autres musiques. A 34 ans, on m’a débauchée pour organiser pendant quelques temps les concerts du ténor Roberto Alagna. 
Entre temps, je me suis remariée, j’ai eu mon 4e enfant. Mon mari travaillait à l’étranger, et puis ma petite dernière, a eu des soucis de santé. C’est là que j’ai commencé à me dire que que j’avais fait le tour de ma carrière de musique et que j’avais envie de me consacrer entièrement à ma famille : j’avais besoin de faire quelque chose de concret, ce qui n’est pas du tout le cas du monde de la musique. Alors j’ai quitté ce milieu pour un autre, la rénovation de jardins et d’appartements.

Où as-tu appris à faire ça ?
J’ai toujours fait ça ! Je suis née à la campagne, autant dire que je suis née dans un jardin : depuis mes 5 ans, je désherbe, je tonds, j’aide à toutes les corvées de la ferme et des champs. Simplement, tout cela je l’ai fait comme une corvée nécessaire : à la campagne, si on ne cultive pas, on ne mange pas de la même façon. Les jardins que j’imagine, maintenant, c’est à portée esthétique. Et c’est pareil pour le bricolage. Très jeune, je me suis mise à bricoler. Ce qu’on apprenait à la campagne c’était démonter une 103, remettre une chaine de vélo...  Et depuis, ce que je ne savais pas, j’ai appris à le faire.

Comment ?
En demandant ! En regardant les électriciens, les plombiers, j’ai appris à poser le carrelage, à gérer la plomberie. Mon prochain objectif, c'est d’apprendre à me servir d’une scie circulaire. J’ai rénové toute ma maison quasiment seule. C’est aussi à ce moment là que j’ai rencontré mon second mari, et que j’ai évolué vers ma nouvelle profession de jardinière-paysagiste. J’ai rencontré il y a 2 ans le fondateur des Mauvaises Graines, puis mon associé actuel Eric Caste qui a repris la marque. Dans notre petite entreprise de paysagiste notre métier est de faire des jardins différents en imaginant une scénographie adaptée à la personnalité du propriétaire du jardin. J’adore ce nouveau métier : composer un jardin en fonction d’une personne en particulier, c’est une démarche sensible et créative. J’aime intégrer des plantes oubliées, semer volontairement des mauvaises herbes. J’aime que dans un jardin ça fourmille, ça foisonne, comme dans la tête de quelqu’un. Et puis le vert, c’est bon pour le mental. Arroser sa plante, la tailler, c’est se donner du temps pour soi, ça fait du bien et je suis heureuse de pouvoir transmettre ce bien-être.
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« Chaque passage à une nouvelle étape de ma vie a été insufflé par une rencontre. »
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Quand on regarde ton parcours, on voit bien que c’est le fruit de nombreuses rencontres…
Oui, c’est ma plus grande croyance : la transmission. Chaque passage à une nouvelle étape de ma vie a été insufflée par une rencontre. Je pense même qu’il n’y a presque rien que je doive à l’école, si ce n’est le savoir de base et le goût de l’effort. Mais les gens que j’ai rencontrés, eux, m’ont apporté bien plus : la curiosité, le beau, l’entraide, l’empathie, et surtout le goût de la controverse. 
Le directeur du conservatoire de Mulhouse a été la première personne qui a aiguillé mon chemin. Après cela, à chaque nouvelle rencontre, j’ai découvert un nouveau monde.
Il ne faut jamais oublier que les plus belles sources d’inspirations, d’apprentissage et de savoir sont autour de nous, chez les gens qu’on fréquente. Ce sont nos rencontres qui ont la capacité de nous faire changer de vie. Parce que ces personnes vont nous passionner, nous inspirer, nous transmettre.

Et dans ton quotidien, c’est quelque chose que tu nourris aussi ?
Tous les jours, je rencontre une personne qui a quelque chose à m’apprendre. Il faut simplement être à l’écoute de ces rencontres. Je passe ma vie à noter des titres de livre, des musiques, des objets, des expos dont quelqu’un va me parler. Hier, dans un café, j’ai demandé au serveur comment il faisait pour servir deux bières à la fois. C’est des choses bêtes, mais quand j’ai une question dans la tête, je la pose.  Donc je suis passée derrière le comptoir pour apprendre. Cette semaine, j’ai aussi demandé à ma boulangère la recette de sa tarte aux pommes, et à la concierge de l’immeuble, comment elle nettoyait les chromes sur les poignées de porte. Je suis aussi déjà montée sur le marche-pieds des éboueurs parce que je me demandais si c’était compliqué de monter dessus quand le camion avance. Ca les a bien fait rire, mais maintenant, je sais comment ils font ! Il faut juste oser poser toutes les questions qu’on se pose !

Tu n’arrêtes donc jamais d’apprendre ?
Non. Au point que je dors très peu, parce que j’ai l’impression de pas avoir suffisamment de temps dans ma journée pour apprendre tout ce que je veux savoir.  Mais ça va quand même assez loin, parce que je me suis même mis une planche sur ma baignoire pour pouvoir continuer à regarder mon ordinateur quand je suis dans mon bain !

Pour toi c’est quoi “réussir sa vie” ?
Déjà, il faut savoir distinguer la réussite sociale de la réussite personnelle. La réussite sociale, c’est une réussite supposée . On suppose par exemple que pour quelqu’un comme moi issu de la campagne la réussite aurait été de travailler dans un bureau et d’avoir un métier “de la ville”.  Ma réussite personnelle a été tout le contraire : j’ai choisi un métier manuel. J’ai choisi de prendre soin de la terre, de passer du temps dans ma cuisine, de retaper des meubles, de réapprendre les gestes ancestraux qu’on a oublié. Donc pour moi, la réussite, c’est de se sentir à sa place.
C’est pour ça que je suis très fière de mes enfants, qui prennent des risques et ne font pas forcément ce qu’ils étaient “supposés faire”. Une de mes filles est super forte en classe, et tout le monde lui dit qu’elle devrait faire médecine,  mais elle a une passion pour le dessin, et elle s’y accroche. Mon fils était très fort en musique, mais il a choisi lui aussi sa passion : le foot. Et ma fille ainée vient de partir étudier le chant classique à New-York alors qu’elle a fait un bac scientifique.
Ma réussite, c’est d’en avoir fait des personnes déterminées et prêtes à tout pour réaliser ce qu’ils veulent.

Qu’est ce que tu te souhaites pour les années à venir ?
J’espère encore changer 5 fois de boulot d’ici la fin de ma vie. Ce que j’aime par dessus tout, c’est recommencer. Relancer les dés. Je suis une éternelle curieuse des autres, de la vie, de l’aventure. Quand je commence à maitriser, ce n’est plus drôle. Je suis une éternelle joueuse. Ce n’est pas évident à assumer, loin de là. Ma vie n’est pas un conte de fées, et il y a eu plein de moments avec de vrais remises en cause. Notamment parce que, partir à l’aventure c’est encore extrêmement mal perçu. La société a tendance à dire qu’il faut consolider, ne pas risquer, épargner. A chaque fois que j’ai remis en cause mon boulot, une partie de mon entourage m’a dit “ Mais pourquoi tu ne profites pas de ce que tu as ? “ Je leur répondais que ma façon à moi de profiter, c’était de remettre tout en jeu, tout en question, c’est comme ça que je suis heureuse. Pour moi, le bon sens c’est tout sauf le sens commun.

Quels sont les conseils de vie que tu cultives le plus ?
N’ayez pas peur de poser des questions : soyez curieux, c’est le secret de la réussite.  Cultivez vos amitiés : le contact à l’autre est la meilleure source de changement.
Soyez un buvard : apprenez de tous, de tout, tout le temps.
N’ayez pas peur de relancer les dés.
Transmettez.
Projetez vous dans l’avenir : Mon grand-père me disait toujours quelque chose de très juste : “ Quand tu penses être au fond, dans le plus grand des problèmes, essaye toujours de te projeter 6 mois plus tard. Quand tu regarderas en arrière, tu réaliseras que ton problème était minuscule.
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« J’espère encore changer 5 fois de boulot d’ici la fin de ma vie. Ce que j’aime par dessus tout , c’est recommencer. Relancer les dés. »

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