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Alix heuer

Elle a deux amours : son ordi et Paris. A 11 ans, Alix Heuer voulait être professeure de philosophie. A 20 ans, elle rêvait d’être muséographe. A 28 ans, elle passe ses journées à coder. Elle a créé sa propre agence digitale et elle enseigne le code aux enfants. La vie from scratch, elle connait : elle a tout recommencé pour passer de la langue de Verlaine au code HTML en se formant seule et gratuitement sur le web, prouvant que le changement de vie est accessible à tous. Rencontre avec une autodidacte passée par l’école des moocs.
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Bonjour Alix, comment es-tu passée du langage des mots au langage du code ?
Comme tous les enfants, je ne connaissais pas beaucoup de métiers : pompier, vétérinaire, professeur... Moi, j’avais choisi professeur, mais de philo, parce que j’adorais ça. Je me disais : la philo, c’est la vie. J’ai suivi cette idée jusqu’à la prépa hypokhâgne, et là je me suis rendue compte que ce n’était pas mon univers. Parmi tous ces étudiants très intello qui lisaient Le Monde de A à Z, j’avais le syndrome de l’imposture : mon père est photographe et ancien musicien d’un groupe punk, et ma mère styliste, et je peux te dire qu’à la maison, il n’y avait pas un seul journal.
Alors je suis partie à Lyon, j’ai passé les concours pour Sciences Po, et j’ai fait des études en sociologie de la culture. C’était mon nouveau dada : la socio, c’est la vie. Puis je suis partie en 3e année d’étude à Philadelphie. Au niveau de l'épanouissement intellectuel, je ne pouvais pas espérer mieux. Grâce au modèle américain, je pouvais choisir ce que je voulais. Donc j’ai étudié l’histoire de l’art, l’histoire du cinéma, la muséographie dont je suis tombée amoureuse au point de vouloir en faire mon métier.

Muséographe, c’est quoi exactement ?
C’est quelqu’un qui organise l’intérieur d’un musée de façon à générer du sentiment de légitimité pour tous. Par exemple, installer un complexe de jeux d’enfants au centre d’un musée induit qu’on n’est pas obligé de chuchoter au musée et ça crée un sentiment d’inclusion. C’est le cas de la Cité des Sciences de la Villette, qui est un coup de maître : les enfants en sont fous.
Il faut savoir que 96% de la population ne va jamais au musée : moi ce qui m’intéressait, c’était ces 96%. J’en ai fait mon sujet de mémoire.
Toujours dans ce même intérêt de la culture accessible à tous, j’ai fait un second mémoire sur le financement participatif. C’est comme ça que j’ai débarqué chez Ulule, en tant que stagiaire. A l’époque, c’était une mini start-up, on était trois : le fondateur, un développeur et moi. En 6 mois, ils m’ont embauchée et je suis devenue directrice de projet.

C’est là que j’ai eu mon déclic : je côtoyais au quotidien un développeur, et j’ai réalisé que ce qui me manquait vraiment, c’était de ne pas savoir faire quelque chose de mes mains : construire. C’est là que j’ai découvert ma passion pour le langage du code. En fait, c’est quelque chose de très artisanal.
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« Ce qui me manquait vraiment, c’était de ne pas savoir faire quelque chose de mes mains. »
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Et tu es repartie de zéro ?
J’avais deux choix. Soit me terrer dans mon coin en pensant que j’avais loupé le coche, fait les mauvaises études mais qu’il fallait vivre avec, soit démissionner d’un poste dans une boite géniale. La deuxième option me faisait peur, donc c’est celle que j’ai choisie.

Pourquoi ?
Parce que le meilleur conseil qu’on m’ait donné, c’est : dès que tu as peur, ça veut dire qu‘il faut y aller. C’est une sorte de mojo qui m’aide à me surpasser : en réalité je ne suis pas une personne très audacieuse. J’ai peur au moins une fois par jour. Mais si je ne dépasse pas cette peur, je ne m’endors pas sereine.

Donc tu t’es auto-formée ?
Oui. J’ai découvert le monde merveilleux des MOOC ( “Massive Open Online Course”: des formations en ligne ). En 5 ans, j’en ai fait 100. J’ai enchaîné les nuits blanches en compagnie de mon écran. Ce qu’il faut savoir, c’est que je n’ai pas payé ces “études”, tous les cours que j’ai trouvé sur le web étaient gratuits. C’est ça pour moi, la plus belle révolution du numérique : l’accessibilité et la gratuité. Il suffit d’avoir une connection Internet et un peu d’agilité, et on se forme à tout. Je continue encore. Toutes les semaines, je prends un jour pour me former, selon des plannings : un trimestre = une compétence. Cet été c’était l’italien et le trimestre prochain, je passe à la vidéo. L’apprentissage, c’est une drogue dure chez moi.
En parallèle, j’ai tout de suite lancé ma boîte de communication digitale. C’est un peu comme enlever un sparadrap, il faut le faire vite pour ne pas avoir mal. Ca s’appelle “Rouge le fil”, en référence évidemment au web mais aussi à ma famille : avec des  arrières-grand-parents tisserands, une grand-mère qui était dans la laine, et une mère dans la lingerie, forcément, le fil est une histoire de famille.

Une autre facette de ton métier, c’est le Kids Coding Club. Est-ce que tu peux m’en parler ?
Quand j’étais en formation, j’ai fait des rencontres formidables, dont les fondateurs de l’association “Les Compagnons du Dev”. Ils s’intéressent à l’apprentissage du code par les enfants, en partant du principe que ce langage est entre la logique des maths et des langues. Je me suis donc formée pour travailler avec les enfants.
Pour qu’ils apprennent de manière ludique, on utilise des outils qui reprennent les logiques algorithmiques. Par exemple, dans un module d’apprentissage, les enfants ont l’impression de jouer avec un chat mais en fait ils codent ! Les enfants sont géniaux parce qu’ils n’ont pas peur de faire des erreurs, à l’inverse des adultes. Du coup, ils apprennent beaucoup plus vite.
J’aime tellement enseigner que je suis également devenue formatrice pour les adolescentes en décrochage scolaire dans une cité, à la Fabrique Numérique.
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« Le meilleur conseil qu’on m’ait donné, c’est : dès que tu as peur, ça veut dire qu‘il faut y aller. »
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C’est quoi une semaine type dans ta vie ?
Le lundi , code code code et réseaux sociaux.
Le mardi, un jour entier de rdv (client, projet, prospection, interview…) à vélo à courir dans tout Paris. Ce jour là, je dis OUI à tout.
Le mercredi je le dédie aux Glorieuses, une newsletter féministe que j’ai co-fondée il y a 1 an avec Rebecca Amsellem.
Le jeudi matin, je m’accorde une demie journée de kiffe (cinéma, piscine, balade entre potes...) où je suis libre de mon temps.
Le jeudi après midi, c’est ma demi-journée d’apprentissage où je continue mes MOOC en cours, je bidouille, je m’entraîne.
Le vendredi, code code code.
Bon bien sûr, ce n’est pas tout le temps la même semaine, il y a aussi mes cours de Kids Coding, parfois plus de journées de code, et je bosse aussi beaucoup le week-end.
Quelles sont les dernières choses que tu aies apprises ?
Cette année, l’italien. L’année dernière, j’étais très focus sur le graphisme, la photographie, avec une passion obsessionnelle pour la typographie.

Et tout ça sur le web ?
Oui. C’est ça qui est fort !

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui hésite à tout recommencer ?
Vous pouvez prendre le train en marche à n’importe quel âge. Après ma démission, je n’ai pas connu le creux de la vague : j’ai fait ma formation seule, puis j’ai payé mon loyer en prenant des jobs de community manager. Au niveau de mon train de vie, ça n’a rien changé et j’étais beaucoup plus libre. En fait il y a beaucoup moins de barrière que ce qu’on aimerait se faire croire.

N’arrêtez jamais d’apprendre. La soif d’apprendre génère la soif d’apprendre ! Chaque mois, pour travailler ma mémoire, j’apprend un poème. Et pour mon travail, j’apprends régulièrement de nouvelles technologies et de nouveaux langages : html, css, python, javascript, …

Faites du web votre meilleur ami. Derrière son écran, on n’est jamais seul. C’est vraiment génial d’arriver le matin en se disant “Aujourd’hui je veux faire ça. Comment ? Je sais pas, mais je vais trouver”.
On est tous en formation permanente, surtout en tant que développeur car les technologies évoluent vite. Même en tant que débutant, il peut y avoir des techniques dans lesquelles vous aurez plus de connaissances que quelqu’un avec une longue expérience.  

Entourez-vous. On ne peut pas tout improviser, en particulier pour l’administratif où il ne faut pas faire d’erreur. Si j’adore me former seule, il y a quand même des métiers qui ne sont définitivement pas pour moi. Pour ceux-là, je me suis entourée de gens très compétents : mon comptable, mon banquier et mon avocate.

Les sites d’apprentissage préférés d’Alix Ses Mooc préférés : 
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« N’arrêtez jamais d’apprendre. La soif d’apprendre génère la soif d’apprendre ! »

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