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Aurélie, Anne-Sophie et Alice

Aurélie, Anne-Sophie et Alice sont sur le point de changer de vie. Leurs parcours sont atypiques et marqués d’étapes complètement différentes. À elles 3, elles ont fait le tour du monde et ont eu un million d’idées. Pourtant, ce sont des nanas comme les autres, qui aiment parler de bonheur autour d’une tasse fumante. Ces 3 abonnées ont participé aux masterclass One Minute Project en 2017. Nous voulions les remercier et les encourager dans tous leurs projets pour cette nouvelle année.
 
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Aurélie, celle qui a le slash dans la peau

Depuis quand sais-tu ce que tu veux ?
Suite à une mission en agence, il y a environ 2 ans. En tant que directrice artistique, je me posais beaucoup de questions autour du fait de défendre des valeurs consuméristes. J'ai alors ressenti le besoin de faire quelque chose de plus engagé pour les jeunes filles issues de quartiers populaires. J’avais commencé à travailler sur un projet d’association que j’avais mis en standby, pensant qu’il fallait que je rejoigne d'abord une asso pour voir comment tout ça fonctionnait. C'est comme ça que je me suis engagée plusieurs mois au sein de l’association Ni Putes Ni Soumises, qui a marqué ma jeunesse : cette expérience a conforté mon envie d'aller plus loin dans mon projet. Je suis retournée à la DA et suite à une mission qui s’est mal terminée, cette envie est revenue de manière viscérale. Et je l’ai suivie, naturellement : un truc se passe en toi quand tu réalises que tu es à la bonne place.

Qu’est ce qui a impulsé le changement chez toi ?
Le tournant s’est passé cet été. Quand j'ai décidé de changer de quotidien, je me suis surtout intéressée aux podcasts : je souhaitais récolter des récits audio de jeunes filles venues de tout horizon. L’ambition, c’était d’être le Netflix des podcasts. Je suis même passée devant le jury de French Tech Diversité mais finalement, mon projet n’a pas été retenu. Comme je ne retiens que le positif, je me suis dit que je ne m’étais qu’encore détournée de ce qui m’anime : l’être humain a l’art de dévier de son chemin. Après ça, j’ai voulu m’inscrire au M2 Études sur le genre à Paris 8 (je lis beaucoup de bouquins sur le féminisme noir), et la constitution du dossier d’inscription m’a mis face à l’évidence. Tout était devant mes yeux. Dans la lettre de motivation, je parlais de mon parcours, de mes années de mannequinat, du fait que j’avais souffert du sexisme et du racisme, des clichés qu’on me demandait d’incarner. Je parlais de mon milieu social, des portes que j’avais dû enfoncer… Depuis cette lettre, il n’y a plus de retour en arrière. 

Quel est le projet qui t'anime aujourd'hui ?
Mon projet, c’est un média social et féministe qui a pour but d’ouvrir vers d’autres horizons, de créer des ponts par le partage d’expérience, l’échange et le questionnement par rapport au déterminisme social, au conditionnement de race, de sexe et de classe sociale. L’idée, c’est d’encourager les jeunes filles à trouver qui elles sont et de les accompagner vers leurs rêves, leur dire que c’est possible.

Quel est le dernier truc que tu as adoré faire ?
Un shooting photo avec ma mère ce week-end. Je prends des cours de photo-reportage pour pouvoir documenter mon projet de média, et faire entre autres des portraits de femmes afro-descendantes. Dans le cadre de ce cours, je dois constituer un portfolio en me mettant dans la peau d’un photographe. J’ai choisi Seydou Keïta, un photographe malien. Ma mère n’aime pas être prise en photo, je l’ai un peu prise au dépourvu et en fait elle était à fond, elle était même dans la prod ! J’ai beaucoup d’amour pour ma mère, par rapport à tout ce qu’elle a affronté. Elle nous a élevé toute seule et a fait beaucoup de sacrifices pour qu’on puisse sortir de notre condition sociale. Dans ce projet de documenter des femmes, j’ai le sentiment d’avoir démarré avec elle.

Une personne qui t’inspire ?
La première, c’est ma mère. Et sinon en ce moment, Rokhaya Diallo. Je ne connais pas toutes ses prises de positions, mais je trouve qu’elle est brillante. Elle m’a ouverte à pas mal de choses à travers des conférences et débats auxquels j’ai assisté. C’est grâce à elle que j’ai découvert des auteurs comme Bell Hooks, qui a été une vraie révélation.

Es-tu du genre à courir ou à partir à point ?
Je suis plutôt du genre fonceuse. Il y a certaines épreuves de la vie qui font qu’on laisse parfois la peur nous dominer, mais ce n’est plus mon cas. On apprend et on se défait de choses qui nous encombrent, c’est ce qui est beau dans la vie. On n’est pas éprouvé pour rien, il y a vraiment du positif dans tout.

Comment as-tu vécu tes années de mannequinat ?
J’ai été mannequin 9 ans. Non pas parce que j’adorais ce métier, mais parce que je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie. Ce dont je prends conscience, c’est que mon histoire personnelle ne m’a pas autorisée à avoir des rêves. À un moment donné, il n’y a pas de perspective : j’ai fait des études mais sans y croire vraiment. Avec ma soeur, on est métisses mais avec des noms “souchiens” comme diraient certains, Muriel et Aurélie. Quand elle arrivait à des entretiens, on lui disait souvent qu’en fait non, ça n’allait pas être possible. C’est très difficile de se projeter quand on expérimente ça. Quand le mannequinat est arrivé, la seule chose que j’ai vue, c’était l’opportunité de sortir de ma condition de fille prolo, tout simplement. Mais très rapidement, j’ai souffert dans ce milieu là. C’est aussi là que j’ai découvert le métier de directrice artistique.

Un conseil pour 2018 ?
C’est facile de prendre une posture de victime, c’est plus simple. Mais c’est important de prendre conscience qu’on est responsable de sa vie, même dans l’adversité. Il faut arriver à apprivoiser ses peurs, à se faire confiance, pour construire la vie à laquelle on aspire. Je ne dis pas qu’il faut refouler ses émotions, mais il faut vraiment réussir à trouver la force d’avancer. Cette force là, on l’a en soi.
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« Un truc se passe en toi quand tu réalises que tu es à la bonne place »
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Alice, celle qui slashe au jour le jour

Depuis quand sais-tu ce que tu veux ?
Je pense que je ne l’ai jamais su. Et je ne le saurai jamais a priori ! Ça change assez souvent, c’est en mouvement et je suis de plus en plus à l’aise avec cette façon de voir les choses. Je ne m’attends pas à avoir une révélation, à trouver ma voie et à foncer. C’est plutôt plein de petites opportunités qui arrivent. À l’instant T, je sais ce que je veux et j’agis. Ce que je veux aujourd’hui, c’est prendre du temps avec mon copain pour voyager. Et j’ai plein d’idées pour la suite.

Qu’est ce qui a impulsé le changement chez toi ?
Il y a eu plusieurs étapes. La première, c’est le choc de l’après école : aborder le monde du travail en étant une aiguille dans une botte de foin, c’est difficile. C’est là que j’ai réalisé qu’il allait falloir se démarquer, et donc réfléchir à mes différences. Le déclic s’est passé à l’étape d’après. J‘étais en CDI dans une entreprise, et j’ai ressenti une inadéquation totale entre ce que j’étais et ce qu’étaient mes collègues. Je me sentais vraiment différente de mon environnement. Il fallait donc réfléchir à un nouveau contexte, qui me permettrait d’évoluer et d’être moi-même. J’ai eu besoin de revenir à l’essentiel, au concret, à la nature, à ce qui nous fait vivre. À partir du moment où j’ai compris qu’il fallait que je change de contexte et de manière de voir le travail, ça ne s’est plus arrêté. Depuis je suis en apprentissage continu.

As-tu fait des rencontres qui t'ont marquée ?
À la fin de mon expérience en entreprise, j’ai rencontré Switch Collective qui m’a fait comprendre que je pouvais apprendre de manière plus constructive auprès d’autres gens. Après, il y a eu la révélation GoodPlanet, une association pour laquelle j’ai été bénévole. Je me souviendrai toute ma vie de l’ouverture de la fondation : j’ai commencé à 6h30 du mat’, terminé à 3h du mat’ et je n’ai jamais été autant en forme de ma vie. J’avais tellement récupéré d’énergie à faire ce que je faisais ! La dernière étape a été une mission de 2 mois à La Recyclerie, où je me suis sentie bien du premier au dernier jour.

Je suis concernée par l’écologie depuis toute petite. Et même sans l’exprimer - à travers les expériences que j’ai faites au delà de mes études (je suis partie au Brésil, j’ai vécu avec une communauté indigène) - c’est un truc qui m’a toujours touché. Je pense d'ailleurs qu'aucune histoire de slash ne vient de nulle part. On a l’impression qu’on fait tout de manière complètement spontanée mais au fond, les chemins qu'on prend ne sont jamais un hasard : il y a toujours dans le slash un truc qui vient d’un endroit précis, qui est souvent là depuis longtemps.

Quels sont tes atouts ? 
En sortant de l’école, j'avais un objectif : devenir experte de quelque chose. Je relativise désormais beaucoup plus sur cette notion de spécialisation. Chez Switch Collective, on pose par exemple la question comme ça : est-ce qu’il y a des choses que tu fais naturellement et que les autres ne font pas naturellement ? Chez moi, c’est la rigueur - j’aime bien ranger, classer, organiser - et l’inspiration. C’est totalement en lien avec le fait de vouloir transmettre, cette idée d’inspirer les gens, de donner des idées, de partager. Ce ne sont peut-être pas des spécialités, mais au moins des points sur lesquels je peux aider.

Dans une autre vie, qu’as-tu construit ?
Dans une autre vie, j’aurais surtout commencé à construire plus tôt ! Et ce que je n’ai pas pu construire, je vais le faire dans cette vie là. J’ai plusieurs petits objectifs : chanter dans les bars, être kiné, ouvrir un tiers-lieu, être photographe... Pas mal de beaux chantiers en vue. 

As-tu un porte-bonheur ?
J’ai plein de petits trucs bourrés de superstitions que je garde dans une boîte énorme. Je collecte ces petits trucs depuis toute petite : cartes postales, cristaux, tortues miniatures... Mon père nous a toujours dit de garder nos “tocos”, ces petits souvenirs qui font du bien et qui nous rappellent de bons moments. Ce qui m’aide aujourd’hui, et qui continuera à m’aider toute ma vie, c’est une façon de construire sa vie en plein de petites étapes, comme pleins de petits “tocos”. On ne doit pas se perdre dans de trop grands projets ni se focaliser sur l’ambition. Il faut aussi beaucoup parler, avec plein de gens, cultiver un entourage bienveillant et comprendre avec qui on est la meilleure version de nous-mêmes.
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« Il faut comprendre avec qui on est la meilleure version de nous-mêmes »
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Anne-Sophie, celle qui plonge dans le slash

Comment abordes-tu le monde du travail ? 
Pour moi, il y a encore beaucoup de choses à faire : par exemple, il ne devrait plus y avoir de barrière entre le pro et le perso. On devrait pouvoir être professionnellement de la même manière qu’avec ses amis, sa famille. Chiante quand on est chiante, joyeuse quand on est joyeuse... On devrait pouvoir exprimer ce qu'on a sur le cœur naturellement sans que les gens critiquent notre façon d’être, de pleurer, de rire, d’être “trop”. Au travail, je préfèrerai toujours être trop que pas assez.

Qu’est ce qui a impulsé le changement chez toi ?
L’année dernière, j’ai ressenti comme un essoufflement au boulot. J’ai suivi un coaching presque au même moment qu’un voyage à Bali. L’association des deux m’a vraiment libérée. D’un seul coup, le mot “bonheur” a révélé la place qu’il avait dans ma vie : je m'étais toujours occupée du bien-être des autres sans même m'en rendre compte. D'abord quand j'étais pendant 4 ans GO au Club Med, dont la punchline est “le bonheur si je veux”. Ensuite, quand je faisais de l'événementiel : je créais les meilleures conditions pour que les gens soient bien, soient heureux. Et puis quand j’ai basculé dans l'hôtellerie, où mon job était de développer l’expérience client et de faire en sorte qu’il soit content d’être là pour en parler autour de lui.

En participant à la masterclass de Marielle Barbe, d’un seul coup, ce que le coach m’avait dit à l’époque est revenu comme un boomerang : je suis fertilisatrice de bonheur. J’adore ! Toutes ces expériences sont en train de me révéler à moi-même. Des fois, on a l’impression que des choses n’arrivent qu’à soi, et puis on participe à une masterclass où il n’y a que des nanas comme soi, c’est génial ! On n’est pas toutes seules.

Quels sont tes convictions et tes projets pour 2018 ? 
Je suis persuadée que les femmes et les hommes sont la première richesse d’une entreprise, quelle qu’elle soit. Aujourd’hui, j’aimerais pouvoir tous les accompagner dans une démarche d’épanouissement professionnel, les former et revaloriser l’importance qu’ils ont individuellement dans leur société. J’aimerais aussi être prof de zumba, Superhost sur Airbnb, voyager en backpackers, organiser des petits dîners conviviaux... Parfois, il faut s’accorder des parenthèses dans la vie, se donner un moment pour voir si un projet fonctionne ou s’il n’était qu’un rêve.

Il y a quoi sur ta to-do list ?
- Préparer mon voyage en Nouvelle Calédonie
- Apprendre l’italien
- Faire une formation de formatrice
- Faire un bébé
- Trouver un cadeau à apporter à ma copine en Nouvelle Calédonie

Est-ce qu'il t'est arrivé d’avoir peur professionnellement ?
Quand j’ai demandé ma rupture conventionnelle, j’étais partagée entre la peur et l’envie. J'étais arrivée au bout d’un cycle, il fallait que je fasse autre chose mais je ne savais pas ce qui m’attendait. Flippant et très excitant. Ça fait un mois maintenant et pour le moment, je suis hyper contente. Je me donne du temps pour rencontrer des gens, pour échanger et peut-être ouvrir de nouvelles portes.
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« Je préfère être trop que pas assez »

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